De quoi s’agit-il ?
La Polynésie française abrite l’un des plus grands sanctuaires de requins au monde. Pourtant, certaines espèces restent largement méconnues : celles qui vivent au large, celles qui fréquentent les profondeurs, celles qui se déplacent d’une île à l’autre. On ignore encore où elles se reproduisent, à quelles saisons elles se regroupent, comment elles se déplacent.
Ceux qui les croisent le plus souvent ne sont pas les scientifiques. Ce sont les pêcheurs. À chaque sortie en mer, ils observent des espèces, des comportements, des zones, des profondeurs. Ce savoir se transmet de génération en génération, mais il n’est presque jamais recueilli ni transmis à la recherche.
L'objectif ici est la mise en place d’un réseau de pêcheurs observateurs. Des carnets d’observation conçus pour être utilisés en mer leur sont remis. Ils y consigneront les zones fréquentées, les profondeurs, les techniques employées, les espèces rencontrées, les prises accidentelles et les remises à l’eau. Ces observations seront ensuite vérifiées, analysées, puis restituées aux pêcheurs eux-mêmes, aux gestionnaires des ressources marines et au public.
Sur douze mois : 500 carnets distribués, 50 à 150 pêcheurs mobilisés et près de 300 personnes sensibilisées.
Pourquoi soutenir ce projet ?
Les rencontres entre l’homme et le requin occupent une place croissante dans l’actualité polynésienne, et suscitent autant d’inquiétude que de fascination. Or on ne protège bien, et on ne se protège bien, que de ce que l’on connaît. Savoir quelles espèces fréquentent quelles zones, à quelles périodes et à quelles profondeurs, c’est la condition d’une cohabitation apaisée : pour les usagers de la mer comme pour les animaux.
C’est aussi une autre façon de faire de la science. Pendant longtemps, la recherche s’est construite sans ceux qui connaissent le mieux le lagon et le large. Ici, le pêcheur n’est plus seulement observé : il devient contributeur, et son savoir est reconnu à sa juste valeur.
Cette méthode a déjà fait ses preuves. Menée sur une autre espèce de requin, la même démarche a permis de recenser des centaines d’observations et de faire reconnaître une zone d’importance internationale pour la conservation des requins et des raies sur la côte de Tahiti. Le réseau de pêcheurs, lui, a déjà recueilli ses premières dizaines d’observations : il existe, il fonctionne, il ne demande qu’à grandir.
Concrètement, ce projet permet :
- de documenter des espèces de requins encore mal connues en Polynésie
- de faire remonter à la recherche un savoir de terrain qui se perdait
- de mieux comprendre les prises accidentelles et les zones sensibles
- de sensibiliser les pêcheurs, les plaisanciers et les familles aux bonnes pratiques en mer
- d’alimenter les décisions de gestion des ressources marines et de protection des espèces
Comment les dons seront-ils utilisés ?
Le montant collecté financera l’animation du réseau pendant douze mois, c’est-à-dire le travail de terrain qui fait tenir l’ensemble :
- aller à la rencontre des pêcheurs, dans les marinas, les ports et sur les quais
- leur remettre les carnets et les accompagner dans leur prise en main
- recueillir les observations, les vérifier et les intégrer à une base de données exploitable
- faire le lien entre les pêcheurs et les scientifiques, et leur restituer les résultats
Les autres postes du projet, notamment l’impression des carnets et l’analyse scientifique des données, sont déjà couverts par des financements publics et privés obtenus par ailleurs. Le projet est donc engagé : chaque don sert directement à faire vivre le réseau sur le terrain, et permet d’aller plus loin, vers davantage de pêcheurs et davantage d’îles.
Faire un don, c’est permettre à un savoir transmis de génération en génération de servir enfin à protéger l’océan qui l’a vu naître.